Formulons d’emblée l’impensable : réunir le temps d’une soirée, The Specials, mythique groupe de Ska à damier noir et blanc, New Order, plus haute « Temptation » de la new wave et Blur, une des dernières grandes sucreries de sa gracieuse Majesté. Bien loin de la grandiloquence grassouillette prônée par l’hymne officielle composée par Muse, pour qui le succès est définitivement devenu une motivation en soi, la présence de ces vieux routards du rock anglais (à ce qu’il paraît les Beatles n’étaient pas disponibles) lors de la cérémonie de clôture le 12 août prochain à Hyde Park déchaine les passions. Sur Internet, les blogs experts apparaissent aveuglés de fascination par cette annonce. Pourtant, une question mérite d’être posée : y-a-t-il tromperie sur la marchandise ?

Londres Vs Reste du monde

Il y a encore quelques semaines, Graham Coxon, guitariste érudit de Blur, promettait à qui voulait bien l’entendre qu’« il y aurait quelques surprises… » Bien sûr, au premier coup d’œil, cela fleure l’artifice et le coup marketing. Mais après tout pourquoi pas ? Car, force est de constater que de cette folle ambition, qui n’est pas sans saveur et efficacité, naîtra probablement l’un des plus beaux concerts jamais organisé à Londres. Juste ce qu’il faut pour oublier les mecs bodybuildés et les anneaux de couleurs qui envahissent la ville, et plonger dans les ambiances de franches camaraderies, de bière chaude et de révolte industrielle inhérente au rock. Quoique, bien qu’on ne connaisse pas le coût de ces trois concerts, on n’ose envisager le cachet nécessaire pour convaincre ces légendes dont la seule présence garantit les rêves les plus fous, parfaitement fantasmagoriques. Enfin, on dit ça, on ne dit rien. Certes, cela ne suffira pas à gommer l’image superficielle affichée par la capitale anglaise lors des J.O, mais cela démontre que Londres n’a pas oublié les leçons du passé : celles des punks, de l’acid-house et de la brit-pop.

Une récrédibilisation par le rock ?

Pour ceux qui ne comprendraient pas la force de cette étonnante programmation, on explique. Même si le rock est né et disparaitra sans eux, chacun de ces artistes est un témoin privilégié d’un temps, bel et bien révolu, où le rock était encore une contre-culture. Imaginez un peu, 35 ans de carrière pour The Specials, 32 pour les mancuniens de New Order et 22 pour Blur : vu d’aujourd’hui, c’est de la préhistoire. Toutefois, peu de carrière illustre mieux que la leur cette antivertu qui veut que tout rockeur digne de ce nom mène sa vie proche de l’extrême, quitte à revenir trois décennies plus tard, tel un gladiateur, sur les terres de son succès plutôt que de se la couler douce sur les plages ensoleillées de Miami. Vous pensiez en avoir fait le tour ? Fatale erreur.

Joue la comme Blur..

A leur façon, ces trois bandes de gus sont des marathoniens, capables d’apporter un autre style au peloton, de laisser les autres derrière quand bon leur semble. Issus d’époque diverses, tous ont en commun de défendre corps et âme leur amour de l’art, même si on est loin des intentions anti-commerciales du début. Car, en dépit de leurs différences, ces trois groupes partagent une même capacité à embarquer le public dans un même élan, d’être les seuls à pouvoir s’autoriser pareille folie des grandeurs sans pour autant paraître mainstream. Comme si à force de les entendre torturer les sons, on en avait saisi cette pure évidence : Blur, New Order et The Specials ne sont pas des reusta, simplement des génies. Dans leur immense générosité, Blur, comme pour mieux enfoncer le clou et porter haut les couleurs britanniques, ont même composé deux nouveaux titres pour l’occasion, « Under The Westway » et « The Puritan ». A défaut d’un nouvel album, cela permettra à la bande de Damon Albarn d’ajouter une ligne de plus à sa discographie. Afin que la légende puisse s’écrire…

Texte : Maxime Delcourt

Galerie Photo