«Plusieurs envies nous ont fait plancher sur un scénario avec pour toile de fond, comme toujours, la société actuelle et ses dysfonctionnements: celle de réunir pour la première fois Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel, qui avaient tourné dans nos précédents films mais séparément, et celle de faire un film plus « comédie » que “Mammuth”», nous explique Gustave. Le pitch du film? Après un repas de famille qui dégénère chez leur mère (interprétée par Brigitte Fontaine), deux frères que tout semble séparer (Benoît Poelvoorde en «plus vieux punk à chien d’Europe» et Albert Dupontel en vendeur de literie fraîchement viré) réunissent leurs forces pour faire la révolution, leur révolution, dans une zone commerciale du Sud-Ouest de la France… Mais attention: «La philosophie du film tire plus sur le zen que sur la violence, précise l’acolyte de Delépine. Le tournage s’est super bien passé, Albert et Benoît se sont reniflés puis adoptés. Quant à Brigitte, c’était la première fois qu’elle faisait du cinéma. C’est peut-être elle la dernière punk!»

«Quelque part, nous sommes tous des punks à chien.»

Dans le paysage cinématographique français truffé de comédies et drames mous du slip, Delépine et Kervern font eux aussi office de punks. Depuis leur premier coup d’essai avec «Aaltra» en 2004, road movie zarbi en chaise roulante qui rendait hommage au cinéaste Aki Kaurismaki, le duo a bâti une œuvre approuvée par la critique, à la fois trash et poétique, lorgnant sur des influences étrangères classes (Wenders, Jarmush, Gallo…). Si l’héritage humoristique de «Groland» aurait pu sembler casse-gueule, le duo brave cet écueil en dévoilant un réel talent de cinéaste: l’humour grotesque devient satire sociale, les personnages marginaux jouent le rôle d’un miroir humaniste et l’absurde fait la révérence aux surréalistes (kasdédi, dans leur deuxième film «Avida» à l’écrivain et cinéaste Fernando Arrabal et au mouvement «Panique» qu’il a cofondé en ‘62). «Avec les films, on va plus en profondeur, on tente une réalisation esthétique mais pas esthétisante. Alors qu’avec “Groland”, on est seulement auteurs de sketches. D’où l’impératif d’être efficaces et drôles.» Auraient-ils cédé cette fois à ce même impératif pour mettre en scène Poelvoorde en punk à chien? «Avec “Groland”, on a toujours eu une grosse clientèle de punks à chien. Peu de films s’intéressent à ces gens-là. Or, comme dit Poelvoorde dans le film: “Quelque part, nous sommes tous des punks à chien!” En Espagne, quand j’étais en promo pour “Mammuth”, j’en ai parlé à des Espagnols qui les appellent les « perroflautas ». J’en ai conclu que tous les pays avaient leurs punks à chien. C’est donc un film « universel ». » À film universel, succès universel? C’est bien parti en tout cas, puisque le film a remporté le Prix Spécial du Jury à Cannes dans la section Un Certain Regard.

Le Grand Soir de Gustave Kervern et Benoît Delépine avec Albert Dupontel, Benoît Poelvoorde, etc. Sortie le 6 juin.

Texte: Laureen Parslow

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