On a pu vous voir pour la première fois au cinéma dans le film Afterschool en 2008, vous n’aviez alors que 15 ans. Comment en êtes-vous arrivé au métier d’acteur ?
Par le plus grand des hasards en fait. Quand j’étais gamin, autour de l’âge de 6 ans, j’ai découvert l’opéra, la danse, le chant… C’est devenu une grande passion dans laquelle je me suis immergé. J’ai intégré le New York’s Metropolitan Opera et j’ai fait mes premiers pas sur scène dans l’opéra moderne White Raven de Philip Glass. Mais lorsque ma voix a mué, je n’ai pas eu d’autres choix que de laisser tomber. Je me suis donc tourné vers la comédie. Une autre passion qui date de mon enfance. J’ai passé des auditions, j’ai reçu des scripts, pas terribles… Et puis un jour, je suis tombé sur celui d’Afterschool d’Antonio Campos. J’avais 15 ans, c’était mon premier film et ça été une révélation.
Vous avez aussi joué dans des séries télé comme Californication : ce n’est pas quelque chose qui vous a marqué ?
Si, forcément, mais je ne jouais pas un personnage récurrent sur le long terme : j’incarnais le petit ami de Becca, la fille de Hank Moody (David Duchovny, ndlr). Moi, je n’ai fait que des apparitions –ok, dans plusieurs épisodes d’affilée mais je n’étais pas un personnage très établi, ni un pilier du scénario. C’est forcément une expérience enrichissante mais je pense qu’il faut être un personnage central de l’histoire pour vraiment apprécier le métier d’acteur télé.
Depuis vos premiers pas au cinéma, vous jouez souvent les ados en crise et vos mères à l’écran en prennent souvent pour leur grade. Dans votre nouveau film Another Happy Day, votre personnage, Elliott, n’hésite pas à lever la main sur sa mère. Vous êtes devenu en quelques films « a mother’s worst nightmare ». Votre mère a vu vos films ? Quelle a été sa réaction ?
(Rires), elle n’a pas été choquée contrairement à ce que l’on pourrait croire ! Non, ma mère pense m’avoir bien éduqué et je partage son avis. J’ai eu une super enfance vous savez, donc n’allez pas croire qu’en moi sommeille un sociopathe. Ma mère a vu tous mes films, et elle est fière de moi et me soutient dans tout ce que j’entreprends. D’ailleurs, nous avons vu ensemble We Need To Talk About Kevin. C’était tout de même assez étrange de découvrir le film dans sa version finale avec ma mère à côté de moi… Surtout, que j’y tiens un rôle très dur, celui d’un ado tueur.
Votre rôle de Kevin fait d’ailleurs indéniablement penser à la tuerie de Colombine. Comment expliquez-vous cette recrudescence de la violence parmi les ados ?
Je pense que la violence est latente en chacun de nous et le contexte actuel fait que les peurs, les névroses, etc. prennent le dessus. Il y a aussi la pression sociale, la course à la réussite, le fait que certains individus ne rentrent pas dans le moule et qu’ils sont écartés de la société… N’oublions pas aussi qu’aux USA le port d’armes est encore toléré ce qui, par conséquent, en facilite l’accès.
Vous n’avez pas peur de vous enfermer dans ces rôles-là ?
Bien sûr que je n’ai pas envie de jouer l’ado cinglé de service toute ma vie (rires). Mais j’ai 19 ans, il est donc normal que je joue des rôles d’ados, et qui plus est des ados qui ont des vices, des faiblesses, des problèmes relationnels : c’est ça qui est justement intéressant à jouer et le plus difficile aussi. J’ai la chance qu’à mon âge, on me propose d’incarner des personnages aussi intenses et intéressants. Et puis je pense que j’ai un physique qui se prête à ces rôles (rires).
À l’instar de vos personnages, vous aussi étiez une sorte de freak à l’école ?
Humm… je pense que je l’étais forcément aux yeux de certains de mes camarades. Quand j’étais enfant, vers l’âge de 9 ans, j’avais l’impression de ne pas avoir ma place à l’école, je me sentais déjà adulte : j’aimais l’opéra, Edgar Allan Poe, etc. des centres d’intérêt que je ne partageais pas avec grand monde (rires). Je vais peut-être en décevoir plus d’un, mais je ne passe pas mes soirées à télécharger des pornos et des vidéos violentes comme mon personnage dans Afterschool et je ne suis ni un sociopathe comme dans Kevin, ni un drogué comme dans Another Happy Day. Désolé.
Vous avez gardé cette passion pour le chant développée durant votre enfance et votre passage au New York’s Metropolitan Opera, puisque vous êtes également membre d’un groupe Sons of an Illustrious Father…
C’est exact, on est cinq, je suis le chanteur et batteur du groupe. On a réalisé notre premier album en 2009 et en novembre dernier on a bouclé le second, One Body. On l’a enregistré dans le Vermont histoire de se déconnecter de la ville, il faisait 0° degré. On a aussi tourné pas mal durant l’été et là on va enchaîner quelques lives dans des bars à New York. Pour l’instant, on ne tourne qu’à travers les États-Unis, mais j’aimerais bien que notre tour bus se transforme en bateau pour traverser l’Atlantique et jouer à Paris…
Vous avez des références artistiques très “old school” : au sein de votre groupe, vous mélangez autant le folk à la country et au gospel, même en matière de films vous citez volontiers Buster Keaton et en littérature, Edgar Allan Poe. Vous pensez être né à la mauvaise époque ?
Beaucoup de mes amis pensent être nés justement à la mauvaise époque, mais moi, je ne partage pas leur avis. Au contraire, j’aime mon époque : nous avons la possibilité de varier nos activités, de toucher à tout grâce aux nouvelles technologies et puis nous avons tout un héritage artistique et créatif dense qui nous influence et que nous pouvons citer en référence. Je ne fais pas partie de ceux qui disent « c’était mieux avant », au contraire je trouve notre époque très excitante !
Another Happy Day de Sam Levinson avec Ellen Barkin, Kate Bosworth, etc. Sortie le 1e février
http://sonsofanillustriousfather.com/






















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