Dans le cadre de sa sempiternelle collaboration avec Opening Ceremony, Chloë Sevigny renoue avec ses après-midis de glande adolescente au Washington Skate Park en exploitant à tour de bras les codes visuels de la marque mythique Vision Street Wear.



Vision Street Wear nous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître: celui de la capitalisation d’un skate mainstream, show off et plein aux as, transformant des ados surdoués en superstars à grand renfort de sponsorings juteux.
Née l’année du premier skatepark extérieur, des premières roues en uréthane et du premier ollie, Vision redéfini les bases de la culture skate naissante, d’une part en lui imposant son esthétique à base de graphismes psychédéliques et de couleurs agressives, d’autre part avec une approche marketing crossover en soignant notamment ses connections avec le monde de la musique.
Décidée à conquérir un public plus large, le label s’illustrera plus tard en pratiquant un placement de produit bourrin dans les teen movies des années 80, forçant ainsi une génération entière à imprimer dans son inconscient le all-over Vision.
Passion Vision et mulet pour Tobey Maguire dans L’Enfant Génial, 1989.
Mais s’il ne devait rester qu’une chose de Vision Street Wear, ce serait le destin tragique de son plus célèbre étendard, le pro scandaleux Mark « Gator » Rogowski. Première planche à 7 ans, premier team à 12, premier contrat à 14. Avec Steve Caballero, Tony Hawk ou Christian Hosoi, il forme le club des rockstars de la planche à roulettes, jouissant de l’explosion des actions sports qui, à cette époque, fait bon ménage avec le business.
La même année, il rencontre Brandi McClain, wannabe mannequin et grand amour de sa vie, qu’il impose dans les vidéos Vision. Rompu au business avant même d’avoir le droit de conduire, l’arrogant Gator fait fusionner sa vie privée, son métier et la marque qu’il est devenu.

La belle vie dure jusqu’à la fin des années 80, lorsque les années street déclassent les années fric. Ringardisée du jour au lendemain par l’avènement du street skate, la flamboyante Vision plonge, au même titre que le roi de la rampe Gator, incapable de s’adapter au bitume. Troquant les succès contre la bouteille, il tombe de la fenêtre de son hôtel lors d’un contest en Allemagne en 1989 et s’empale sur une clôture. Miraculé, le skateur y voit un signe de Dieu, et, sous l’influence de l’ex surfeur Augie Constantino, se converti au Christianisme à tendance hardcore. Demandant à Brandi de choisir entre l’abstinence et le mariage, il se fait larguer en 1990, puis s’enfonce dans l’alcoolisme et la paranoïa, alternant menace de mort à l’encontre de son ex et cambriolages chez elle.

Brandi McClain et Mark Rogowski portant haut les couleurs de Vision.
Le 20 mars 1991, Jessica Bergsten, 22 ans, sosie et meilleure amie de Brandi, emménage à San Diego et demande à Mark de lui faire visiter la ville. Incarcéré, il déclarera l’avoir ramenée chez lui pour « regarder un film et boire du vin ». Comprendre par là: lui mettre un coup de barre antivol de voiture dans la tête, l’attacher, la trainer dans sa chambre, la violer, prendre peur, l’enfermer dans un sac de surf, l’étouffer à mains nues, l’abandonner dans le désert.

Si la découverte du corps décomposé par des campeurs ne permet pas d’identifier Jessica Bergsten, son avis de disparition placardé dans tout San Diego fini par avoir raison de Gator qui, convaincu par Constantino, se rend à la police le 11 avril. Arguant que Jessica et Brandi étaient « du même moule », il justifiera sa crise de folie comme une vengeance à l’adresse de son ex. Lors du procès, on lui diagnostiquera un trouble bipolaire tandis qu’il s’excusera pour son crime ainsi que pour avoir pratiqué le sexe en dehors du mariage et n’avoir pas suivi les règles de la Bible. Rogowski est condamné le 6 mars 1992 à 31 ans de prison et n’aura pas le droit de revoir sa peine avant 2018. En revanche, il a pu accorder une interview à la réalisatrice Helen Stickler dans le cadre du documentaire « Stoked: The Rise and Fall of Gator », véritable mine d’informations sur un certain age d’or du skateboard sorti en 2002.

































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