À la réédition de l’album Histoire de Melody Nelson (Serge Gainsbourg) dont Vannier a écrit la musique, est venue s’ajouter la sortie de trois disques portant sa signature sur le label d’Andy Votel, Finders Keepers: L’enfant assassin des mouches (sorte d’opéra prog rock qui inspira à Gainsbourg un texte sadique), Electro Rapide (compilation de morceaux inédits et chutes de studio) et Roses rouge sang (Album récent enregistré avec les musiciens qui ont accompagné Vannier dans les années soixante-dix). L’homme est aujourd’hui considéré comme l’un des protagonistes majeurs de la pop française, à juste titre.

Jean-Claude Vannier n’a jamais été l’héritier du mur du son spectorien, ni de la pop sophistiquée de Burt Bacharach. Et pourtant, on retrouve dans son Oeuvre, la puissance orchestrale du premier, et la délicatesse du second. Jean-Claude Vannier n’a jamais été non plus le «Ennio Morricone français», titre plutôt attribué à François de Roubaix. On retrouve cependant dans ses productions une certaine classe européenne, voire méditerranéenne. Jean-Claude Vannier est plus que tout ça: il est la «French Touch», et ce depuis au moins 1969.

Quand il emprunte à la pop anglo-saxonne, il l’épure jusqu’à la source du blues, et l’arrange jusqu’à passer les frontières du rock progressif. Il l’agrémente d’expérimentations  inattendues. L’album de Serge Gainsbourg, Histoire de Melody Nelson, illustre à la perfection cette démarche. L’écriture y est brute, le jeu guitare, basse, batterie, spontané comme lors d’ une jam session. Les cordes, elles, y sont complexes, les harmonies imprévisibles. La musique de Melody Nelson, c’est la rencontre entre Londres (où la rythmique fut enregistrée) et Paris (où les parties orchestrales furent ajoutées). A l’instar de toutes les productions emblématiques estampillées Vannier, l’album culte de Serge Gainsbourg est à la croisée des chemins, entre vieille Europe et modernité anglo-saxonne.

La période 1969-1975, soit celle où Jean-Claude Vannier a collaboré avec Gainsbourg, reste la plus prolifique en disques cultes, celle que l’Histoire retient le mieux.

Dans les B.O que Vannier enregistre à cette époque, il invente le breakbeat (La Horse), utilise les guitares électriques comme un orchestre à cordes (Cannabis), ne se dispense d’aucune innovation.

Au cours de ces années, Jean-Claude Vannier incarne mieux que jamais le génie français. Ses compositions se nourrissent de toutes les civilisations, tirant parfois leur source de la musique arabo-berbères (Vannier a appris l’orchestration à Alger). Cet éclectisme, cette largesse d’esprit, cette capacité à s’affranchir des toutes puissantes productions anglaises et américaines, sans pour autant en rejeter l’apport considérable, ont fait de Jean-Claude Vannier un artiste culte même au dehors de nos frontières. Le fait est assez rare pour être noté. «The French David Axelrod», il paraît même que c’est comme ça qu’on l’appelle, en Amérique…

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