Bien que souvent redimensionnée et réduite, en notre ère digitale, à une minuscule icône, la pochette demeure un objet d’identification et de culte qui résiste à la dématérialisation. D’où l’envie, finalement pas anachronique, du Point Ephémère, la fureteuse salle de concert d’accueillir dans ses murs la relecture d’une cinquantaine de pochettes par autant d’artistes. La banane mythique d’Andy Warhol pour le Velvet Underground perd ainsi son éclat – le photographe Renaud Monfourny a littéralement laissé pourrir une banane dans son jardin ! – la galerie de personnages du Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles chamboulée (par David Scrima), les filles nues du Electric Ladyland d’Hendrix caricaturées (par EmilieOuvrard), la basse du London Calling de The Clash remplacée par une pioche (Ruppert & Mulot). L’expo, conçue par Sébastien Ruiz, n’évite pas la facilité –la transformation du Lucky Boy de DJ Medhi en Unlucky Boy, la pochette d’un blanc immaculé de Pierre La Police pour le White Album des Beatles ­ ou le décalage pseudo-intéressant (Stone & Charden et France Gall revus par Anouk Ricard ou Clotilde Salmon, bof bof). Ces écueils mis à part, l’ensemble va parfois bien plus loin que le simple remix visuel et touche alors au grandiose. Auteur de BD évoluant à la frontière de l’art contemporain, Jochen Gerner recouvre ainsi la pochette originale de My Bloody Valentine, s’en servant comme base pour sa création. Pour What’s Going On, Christopher Hittinger enlève Marvin Gaye pour replacer l’album dans son contexte, le Detroit pauvre du début des 70’s. Avec son Pierre Perret stuffed with The Residents, Luz livre une pièce de sa collection : deux vinyles sans pochette des Residents achetés dans un vide-grenier qui ont trouvé refuge dans un double album – sans disque – de Pierre Perret. Il a en effet dessiné sur la pochette originale de Perret pour qu’elle colle mieux à la musique expérimentale des Californiens. Au final, dominée par la monumentale œuvre en rubik’s cube de Space Invaders pour Lou Reed (82 cm X 82 cm), Music Covers aborde son sujet avec suffisamment de facétie et d’intelligence pour justifier le déplacement (d’autant que son accès est gratuit).

Texte et photos: Vincent Brunner (plus de photos dans la Galerie)

Music Covers, conçue par Sébastien Ruiz. Ouverte tous les jours jusqu’au 14 janvier 2012 de 14 à 19h au Point Ephémère (200 quai de Valmy 75010 Paris), entrée gratuite.

Galerie Photo